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Les hommes prédateurs

 vinrent sur leurs terres I

amenant avec eux I

l'ENFER I

Eléphants,

"Piliers de la terre I

Racines du ciel" I

Vidéos

Samba

Maggie

L' éléphant

Dans les années 1960, les fournisseurs d'ivoire, ne pouvant guère être que des braconniers, en dehors de toute réglementation internationale, avaient mis au point des procédés d'ensemble : la savane est barrée sur des kilomètres par d'épaisses et hautes barrières d'épines, coupée de quelques passages truffés de pièges, où se font prendre de nombreuses bêtes : girafes, éléphants, félins, zèbres, impalas.

Toutes ces bêtes mortes au terme d'une longue agonie, sont souvent dévorées par les hyènes, les lions, les vautours. Les braconniers prélèvent tout ce qui est vendable : défenses respectées par les prédateurs, queue et poils pour chasse-mouches, bracelets, ornements et épais collier des élégantes Samburu, pieds cornés pour porte-parapluies ou bracelets de la région des grands lacs, oreilles, pour tables et tambours, peau pour cuir et cuir et cuirasses, comme jadis celles qui protégeaient les guerriers Fang ou les guerrier Modjembo du Zaïre, et maintenant pour bottes texanes.

Jusqu'aux cils tellement demandés dans les Indes puisqu'ils apporteraient la fécondité et le nombre d'enfants désirés ! Mais depuis quelques années, de plus en plus surveillés et pourchassés, les braconniers n'ont souvent le temps que de s'emparer des  défenses. La viande, dont manque la population voisine, est abandonnée avec la carcasse et pourrit sur place, attirant d'autres éléphants compatissants ou des prédateurs.


Le braconnage spécifique tue les grands mâles, les femelles porteuses, les immatures aux pointes de plus en plus légères, laissant les troupeaux de jeunes sans guide, sans protection, sans expérience, sans reproducteur performant, promis souvent à la mort, par ignorance des pâturages, des points d'eau.

Ce ne sont pas seulement les troupeaux, mais aussi toute la démographie de l'espèce qui sont désorganisés par ce massacre, ce qui n'aurait pas lieu s'il n'y avait pas de commerçants ni d'acheteurs. Ce sont donc, en dernier ressort, la richesse, l'avidité et la mode des pays riches qui, en quelques années, ont provoqué le génocide des éléphants d'Afrique, c'est à dire la destruction d'une espèce à laquelle survie ou reproduction sont interdites.

A raison de 100 000 animaux tués par an, le déclin annuel est déjà de 9% ce qui laisse prévoir l'extinction de Loxodota vers 1992-1993. Ne subsisteraient que de misérables résidus de population, dans des réserves surchargées où des « tueries hygiéniques » maintiendraient des bêtes déstabilisées, dans des limites compatibles avec le milieu restreint qu'on leur aurait laissé ; les plus gros seraient graduellement assassinés par les braconniers.

Quant à l'Asie, elle garderait péniblement ses 50 000 éléphants résiduels fondant devant la marée humaine de l'explosion démographique.


L'horreur et l'angoisse du génocide ont fait naître l'exigence de protection


Le sentimentalisme de nos âmes d'enfant est une excellente chose et il ne faut pas oublier que c'est une des raisons du sauvetage temporaire des éléphants ; mais il faut aussi voir plus loin. S'il y a urgence à arrêter le massacre, le problème des éléphants reste posé, comme celui du milieu africain. Dans dix ans, et plutôt vingt ans, si la paix persiste, les troupeaux d'éléphants seront reconstitués. Ce seront des centaines de milliers de nouveaux pachydermes dans un continent qui aura des centaines de million d'hommes en plus.

On peut certes, pour un temps, souligner que les hautes terres, actuellement impropres à l'élevage comme à la culture, seront un paradis pour les éléphants ; encore faut-il savoir s'ils vont aider ou au contraire gêner les hommes. La domestication serait-elle une solution ?  Actuellement difficile, peu utile et coûteuse, elle demanderait aussi un changement de nos mentalités. L'éléphant sauvé doit avoir une vie libre. On peut prendre à contrario le cas asiatique, mais les hordes de touristes qui affluent par exemple au Kenya et y apportent plus de revenus que l'agriculture autochtone, y vont pour contempler les éléphants sauvages. Il faut donc envisager des méthodes permettant de garder des troupeaux nombreux et libres, mais aussi de les surveiller.

(…)

Or les pays disposant d'éléphants et de cet or blond sont souvent très pauvres. Il faut donc les aider à protéger leurs éléphants et leur donner des compensations éventuelles pour le manque à gagner dont ils peuvent souffrir en conservant à toute l'humanité une partie du patrimoine commun. Ceux qui, par la mode ont fait assassiner les porteurs d'ivoire doivent contribuer à leur sauvegarde et, pourquoi pas, payer et équiper les nombreux gardes-chasse nécessaires..

En effet, l'éléphant n'est pas seulement la bête aimée que nous sauvons in extremis d'un assassinat fratricide, il n'évoque pas seulement l'immensité, la puissance, la bienveillance, la justice, l'anthropophilie que nos traditions occidentales projettent sur l'éléphant d'Afrique, frère de celui dont nous connaissons depuis des millénaires les longues enfances, adolescences, maturité et vieillesse, vécues parallèlement à celles des hommes et en amicale cohabitation.

L'éléphant est encore plus : il est l'exemple même de notre attitude envers la nature, colosse aux pieds d'argile, à la merci de notre bon vouloir. Il focalise ainsi toutes les craintes que suscite la fragilité de son destin et, derrière lui, le possible écroulement de notre ciel.

Hier pilier du monde de Brahma, les éléphants sont bien aujourd'hui, pour une effrénée société de consommation, les éternels et véritables « racines du ciel ».


Les éléphants piliers du monde

Robert Delort, Découvertes Gallimard

  

Texte extrait de l'ouvrage:


Les Eléphants piliers du monde


de Robert Delort